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Homme-mage vertical

vendredi 26 et samedi 27 2012, 20h30.

REPRISE

Un OTNI (Objet Théâtral Non Identifié)

Résumé

« Ce qui est ordonné chez l’homme, c’est l’enfant »
« Le moment de ma cons­cience est révé­lée par le moment de mon incons­cience. »
« Ma soli­tude est faites, non de ce qui me manque, mais de ce qui n’existe pas. »

A l’issue d’un long com­pa­gnon­nage avec l’œuvre de Roberto Juarroz, l’acteur trans­met la parole du poète, avec en écho ses pro­pres écrits, au sein d’impro­vi­sa­tions appuyées sur le geste et le maté­riau sonore et pro­lon­gées par de fugi­ti­ves images d’eau…
L’auteur de « l’eau et ses rêves », Gaston Bachelard n’est pas loin dans ce che­mi­ne­ment qui se pro­pose d’explo­rer le clair-obscur de l’être.

« Ces apho­ris­mes, ces voix, extraits du seul livre édité d’Antonio Porchia, Voix Abandonnées, je les ai lues peu de temps après la décou­verte de l’oeuvre de Roberto Juarroz, Poésies Verticales.
Depuis sept années, ces deux auteurs et phi­lo­so­phes argen­tins, qui furent amis, ins­pi­rés l’un par l’autre, sont des éclairages, des bali­ses, des étapes, dans ma recher­che pour dis­tin­guer Voir et Regarder, Entendre et Ecouter… l’inté­rieur, l’exté­rieur, de l’inté­rieur vers l’exté­rieur, de l’exté­rieur vers l’inté­rieur…

Entre le haut et le bas de toute vie, l’un n’étant pas, sans l’autre,
entre un concret enra­cin­e­ment et la vacuité du ciel,
entre ful­gu­ran­ces et lentes cohé­ren­ces,
dans un monde qui tente d’asser­vir la langue, la vue, l’audi­tion et par delà nos vides, il existe une vision du vide, une écoute du silence avec cette cer­ti­tude : per­sonne pour colo­ni­ser cette vision, ce vide, cette écoute, ce silence.

En ce qui me concerne,une invi­ta­tion à décou­vrir un espace entre ces deux pen­sées sen­ti­nel­les, à venir voir, regar­der, écou­ter, enten­dre, une explo­ra­tion entre écritures et impro­vi­sa­tions, avec ces paro­les poé­ti­ques et phi­lo­so­phi­ques qui m’ont tra­ver­sées, avec ma voix, mon corps, des sons et tous leurs silen­ces, la lumière et ses ombres, des images……des visions éphémères, des réso­nan­ces. »
Jean-marc Richon

Distribution

Scénographie, concep­tion lumière : Alberto Burnichon, Jean-marc Richon
Manipulation lumière et vidéo : Alberto Burnichon
Conception vidéo, voix, corps, sons actions poé­ti­ques : Jean-marc Richon
Coproduction : Le RING scènes péri­phé­ri­ques, IREA
Credit photo : © Le RING, Yohann Allais-Barillot.

 

La presse en parle

Le spec­ta­cle vu par Bernard Astié :

Jean Marc Richon et la poésie d’action
Une pré­sence insai­sis­sa­ble

« Il y a des mes­sa­ges dont le destin est de se perdre…Au fond de la recher­che essen­tielle de la poésie moderne il y a l’idée qu’en cette dimen­sion du lan­gage et de l’homme réside la seule pos­si­bi­lité que quel­que chose soit : les mes­sa­ges perdus inven­tent tou­jours celui qui doit les trou­ver. (R.Juarroz).
Ce que ce texte anti­ci­pait, c’était la ren­contre puis le long com­pa­gnon­nage, de sept ans, de Jean Marc Richon, figure exem­plaire de la poésie d’action, avec deux poètes majeurs du 20ème siècle, les auteurs argen­tins Roberto Juarroz et Antonio Porchia. Pour le spec­ta­cle de l’Homme -Mage Vertical donné au Ring les 9 et 10 mai 2012. Le choc des images ver­ba­les, avec la décou­verte des « Poésies Verticales » et des vers libres de l’un, puis de « Voces » et des apho­ris­mes de l’autre, ne pou­vait qu’encou­ra­ger et ren­for­cer une démar­che artis­ti­que tour­née vers l’écriture cor­po­relle.et l’impro­vi­sa­tion. Pour offrir un nouvel espace à l’écriture poé­ti­que, et faire de la méta­phore non plus l’illus­tra­tion de la simple appa­rence des choses, mais la mise en pers­pec­tive de la pro­fon­deur du monde. L’image que crée le poète et à sa suite l’acteur, qu’elle reste pure­ment ver­bale ou devienne action, ouvre ainsi l’accès à la pré­sence, conçue ici comme une ins­tance évanescente, puisqu’elle se mani­feste sur fond d’absence.
La fuga­cité de cet équilibre entre pré­sence et dis­pa­ri­tion, Jean Marc Richon a choisi, pour l’incar­ner, le cha­toie­ment liquide de l’eau, qui rythme le temps et l’espace de l’impro­vi­sa­tion. Le choix inau­gu­ral de l’acteur c’est donc la méta­phore de « l’eau des rêves » qui donne à voir et à enten­dre la pro­fon­deur ver­ti­cale du réel décli­née par le poème.
Trame du spec­ta­cle, trou­vaille ins­pi­rée de l’acteur, l’eau façonne le temps, tom­bant goutte à goutte des « hor­lo­ges natu­rel­les », dans la pul­sa­tion irré­gu­lière d’un ensem­ble de clep­sy­dres ins­tal­lées dans l’obs­cu­rité d’un lieu invi­si­ble d’où les chocs liqui­des annon­cent l’appa­ri­tion aléa­toire des évènements de l’impro­vi­sa­tion. Elle creuse aussi l’espace et sa pro­fon­deur. Les reflets des eaux dor­man­tes du canal du Midi sur les vidéos pro­je­tées en continu sur les murs de la salle, dou­blent le monde des choses et des rêves, ouvrant ainsi les portes des aven­tu­res de l’incons­cient et annon­çant la mort des âmes puis­que, pour Héraclite, leur deve­nir est eau. La mort exhibe son masque dans le rituel qui sou­tient l’impro­vi­sa­tion de Jean Marc. Son entrée dans un cercle de lumière rouge, initie une danse sau­vage ryth­mée par les per­cus­sions sur le sol de deux longs bâtons tenus à bout de bras. Errance sonore et folie d’un chaman res­sus­ci­tant des rites anciens ou inven­tant des célé­bra­tions nou­vel­les.
…/Sonder les « Poésies Verticales » à l’image des eaux dor­man­tes, ou encore recher­cher, à la pour­suite du ver­ti­cal, « la situa­tion de l’être sur l’échelle des choses » comme le dit R.Juarroz, c’est ici l’occa­sion, tou­jours périlleuse pour l’acteur, de convo­quer les évènements d’un passé réel ou rêvé, en sol­li­ci­tant les éléments de la matière : en plus de l’eau, la terre, l’air et le feu. Cailloux placés en équilibre ins­ta­ble, bois et tubes réson­nants qui pren­nent le relais de la voix chan­tante ou psal­mo­diante, éclat des lumiè­res jaillis­san­tes qui vien­nent déli­mi­ter sur le mur du Ring la porte fermée, refu­sant de s’ouvrir vers un uni­vers resté inac­ces­si­ble aux mots du poète et aux pres­sions du corps de l’acteur.
Mais, pour ter­mi­ner, ce qui donne toute sa portée méta­phy­si­que à la méta­phore théâ­trale, c’est l’image splen­dide des flè­ches, jouant le drame de l’être jeté dans le monde et livré à l’angoisse. Flèches aux empen­na­ges mul­ti­co­lo­res lan­cées vers un cercle de lumière sans point de départ défini, pour un destin hors de toute ori­gine tem­po­relle ou spa­tiale. Et y retrou­ver la tra­gé­die exis­ten­tielle de l’Homme Mage Vertical.
Il y a des flè­ches qui se repen­tent en vol / et ren­trent leur pointe, / elles s’appro­chent de la cible/ et ne font que la tou­cher. Beaucoup com­pren­nent tard/que le destin est de voler/ et non de se ficher Les cibles sont des leur­res / qui trom­pent les flè­ches / autant que l’arc et l’archer Plus que de viser quel­que chose,/la clé est de tout viser ./ Le pari de la vie / est à tous les numé­ros.
Robert Juarroz – Treizième poésie ver­ti­cale. Dans le Poème Impromptu, l’action fait explo­ser le lan­gage du poème et révèle, der­rière les mots, la pré­sence insai­sis­sa­ble des choses. La magie de l’impro­vi­sa­tion de Jean Marc Richon, y donne à enten­dre, dans l’ora­lité, la musi­que du souf­fle de l’homme, à per­ce­voir aussi la soli­tude de son inconso­la­ble sin­gu­la­rité, celle de l’être des Poésies Verticales.
 »
Bernard Astié

Critique du clou dans la plan­che ici.

Roberto Juarroz

Roberto Juarroz (1925 – 1995, Buenos Aires) était un poète argentin, considéré comme un des poètes majeurs de son temps, dont l’œuvre est rassemblée sous le titre unique de « Poesía vertical ». (Seul varie le numéro d’ordre, de recueil à recueil : Segunda, Tercera, Cuarta… Poesía Vertical. Nul titre non plus à aucun des poèmes qui composent chaque recueil.)
Par ce titre unique et chargé de sens de « Poésie Verticale » qu’il a donnée à toute son œuvre depuis son premier livre, Roberto Juarroz a cherché à traduire la verticalité de la transcendance, « bien entendu incodifiable », précise-t-il dans un entretien.
Sa poésie est une poésie différente, un langage de débuts et de fins, mais en chaque moment, en chaque chose. La verticalité s’exprime vers le bas et vers le haut, chaque poème se convertissant en une présence qui représente ce double mouvement, cette polarité qui définit la parole de l’homme lorsque cette parole ne se situe pas dans des limites conventionnelles.
Juarroz, en choisissant de donner ce titre unique à chacun de ses recueils, et en ne donnant pas de titre à ses poèmes, a voulu d’une certaine façon tendre vers l’anonymat des couplets ou des refrains populaires que l’on répète sans en connaître l’auteur, depuis longtemps disparu et oublié. Il explique qu’il a fait ce choix, parce que, selon lui « chaque titre, surtout en poésie, est une espèce d’interruption, un motif de distraction qui n’a pas de vraie nécessité. Sans titre, le recueil s’ouvre directement sur les poèmes, un peu comme ces tableaux dont l’absence de titre vous épargne les détours de l’interprétation ».
Dans l’un de ses derniers recueils, Treizième poésie verticale, publié en 1993, Roberto Juarroz forme le vœu de parvenir à « dessiner les pensées comme une branche se dessine sur le ciel ».