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MANUEL DE L’AMOUR MODERNE

Du jeudi 28 au samedi 2 mars 2013

d’après mau­rice Maeterlinck
Cie Théâtre au Présent

100_7618Résumé

Il fut une époque où les mai­ries dis­tri­buaient des consi­gnes aux jeunes mariés avant le mariage pour pré­voir la catas­tro­phe de la nuit de noces, sou­vent com­men­cée par un viol…

Voici donc le bon doc­teur Vir ren­dant visite à un couple de jeunes mariés des années 60, tous deux ouvriers dans un petit vil­lage de cette France qu’on dit pro­fonde. Et de déve­lop­per devant les tour­te­reaux son traité de bonne conduite et de sexo­lo­gie pra­ti­que.

Quel sera l’effet du prêche hygié­ni­que sur le cobaye, c’est ce que nous décou­vri­rons vingt ans plus tard, sous le magis­tère d’un cer­tain Giscard. Cette fic­tion en est à peine une, elle s’appuie sur une base docu­men­taire : les dis­cours de méde­cins, de psy­cho­lo­gues et de sexo­lo­gues des années 50-60… Ce baby-boom là n’avait pas encore inté­gré sig­mund Freud, comme le démon­tre notre bon doc­teur, empê­tré à réconci­lier ces deux inconci­lia­bles que sont le mariage et l’amour.
Sur la table en for­mica de la cui­sine vien­nent s’échouer plic ploc les réflexions prag­ma­ti­ques, les bons sen­ti­ments, les slo­gans de la pro­pa­gande poli­ti­que, et les maxi­mes pater­na­lis­tes ou mora­li­sa­tri­ces… mais sous la table gît la vio­lence sociale… et l’ombre de la guerre.

L’espace

La pièce Manuel de l’amour moderne appar­tient à ce qu’on pour­rait appe­ler un « Cycle du for­mica ». La Matrice I. Le temps des musons avait déjà pour décor une cui­sine en for­mica com­plète. Elle était un lieu- labo­ra­toire, elle joux­tait un espace invi­si­ble, qui ren­voyait à la mémoire, mais aussi à la créa­tion. Un per­son­nage avait été englouti dans cet espace. Nous tra­vaillons sur l’espace hors-scène consa­cré en géné­ral à une ins­tal­la­tion plas­ti­que. L’espace de la cui­sine est un espace du plai­sir, de l’alié­na­tion, des rela­tions fami­lia­les, de la fabri­que et du labo­ra­toire, de la mémoire. Quel rap­port à la mémoire indi­vi­duelle et col­lec­tive ? Quelle manière d’envi­sa­ger les cir­cu­la­tions du couple, les rôles fami­liaux et sociaux dans l’espace de la cui­sine ? L’espace scé­ni­que est pro­longé par une ins­tal­la­tion autour d’objets, d’enre­gis­tre­ments sono­res, d’éléments vidéo. Clair-obscur de la cui­sine dans le Manuel. Côté lumière : la vitrine publi­ci­taire du for­mica. Côté ombre : un espace de la cui­sine qui aurait été revi­sité par Barbe bleue.

Distribution

Texte _ Lydie Parisse
Mise en scène _ Lydie Parisse et Yves Gourmelon
Avec _ Yves Gourmelon, Julie Pichavant, Pierre-Jean Peters

Partenaires

Partenaires : Boutique d’écriture de Toulouse Metropole, Le CIAM du Mirail
Aide à la rési­dence _ Le RING, scènes péri­phé­ri­ques

 

LE TEXTE - Manuel de l’amour moderne

  • Le texte Manuel de l’amour moderne est le 4e texte dra­ma­ti­que de Lydie Parisse. Il a été lu, dans sa pre­mière ver­sion, à Toulouse, au Ring, en avril 2011 devant une qua­ran­taine de per­son­nes, avec de très bons retours. D’autres textes de Lydie Parisse ont été publiés, portés à la scène ou sont en cours d’écriture :

    L’Encercleur, Éditions de L’Entretemps, col­lec­tion Scénogramnes, Montpellier, 2009.
    La Matrice I. Le temps des musons, Éditions Domens, 2010
    Realitarium (texte créé en 2009, non publié)
    Manuel de l’amour moderne, éditions Domens
    L’Ascension du Mont Ventoux ( en cours)

    Manuel de l’amour moderne évoque avec un comi­que grin­çant une sorte de traité du savoir-vivre du couple moderne, donne un aperçu de la men­ta­lité des années 60 en la matière. La pièce com­mence après le mariage des deux pro­ta­go­nis­tes, avec un retour en arrière sur la guerre d’Algérie. Puis nous nous retrou­vons avant le mariage, avec la visio-confé­rence que le doc­teur Vir a dis­pensé aux futurs jeunes mariés, couple pro­to­type des années 60, en pleine époque du baby boom. Le futur tra­vaille à l’usine, la future est sans pro­fes­sion. Virevoltant dans la cui­sine en for­mica des années 60, le doc­teur cher­che à convain­cre ses inter­lo­cu­teurs de sa connais­sance de l’amour de A à Z, en met­tant à leur dis­po­si­tion les rudi­ments d’un art d’aimer – à la manière d’Ovide – qui tient davan­tage d’un manuel de sexo­lo­gie pra­ti­que. Son dis­cours, où s’entre­mê­lent réflexions prag­ma­ti­ques, bons sen­ti­ments et parti-pris « énaurmes », nous pla­cent face à un miroir sar­cas­ti­que et comi­que pour notre regard de spec­ta­teurs d’aujourd’hui. Les jeunes mariés, ins­tru­men­ta­li­sés, obéis­sants, se livrent à cette parole de la déme­sure qui se vou­drait mesure. Ce texte de fic­tion s’appuie sur une base docu­men­taire : les dis­cours de méde­cins, de psy­cho­lo­gues et de sexo­lo­gues des années 60, dont les réfé­ren­ces sont davan­tage Balzac, Michelet, Stendhal, que Freud, qu’ils sem­blent ne pas connaî­tre. A l’époque, les mai­ries dis­tri­buaient des consi­gnes aux jeunes mariés avant le mariage, entre autres pour pré­voir la catas­tro­phe de la nuit de noces, sou­vent com­men­cée par un viol, comme le dénonce Balzac dans Physiologie du mariage. Bien avant les réfor­mes de la poli­ti­que fami­liale effec­tuées sous Giscard d’Estaing (abo­li­tion du pater fami­lias, res­pon­sa­bi­lité par­ta­gée de l’homme et de la femme dans la famille) ces « spé­cia­lis­tes » cher­chent, dans une préoc­cu­pa­tion démo­cra­ti­que, à civi­li­ser le couple et la famille, tout en amé­lio­rant l’hygiène. Ils s’inter­ro­gent sur l’équilibre des rôles de l’homme et de la femme dans le couple, de manière à réduire le pelo­ton des mal­ma­riés, et à éviter la mal­trai­tance, pré­ju­di­cia­ble à l’équilibre de la société… mais voilà où le bât blesse : les spé­cia­lis­tes en ques­tion sont tous des hommes. Le Docteur Vir, méde­cin laïc de la Ve République, passe dans chaque futur ménage fran­çais pour répan­dre la bonne parole de l’utopie sociale où le couple est vanté comme ciment de la famille, elle-même ciment de la société, où la femme devra être res­pec­tée par son mari, et où se réconci­lie­ront, après des siè­cles de maria­ges forcés, deux inconci­lia­bles : l’amour et le mariage. Empêtré dans des para­doxes sans fin, le Docteur Vir déploie les bons sen­ti­ments de sa méthode expé­ri­men­tale natu­ra­liste, tout en conti­nuant à véhi­cu­ler des pré­ju­gés ances­traux légués par la reli­gion, le patriar­cat et l’ordre moral – il va jusqu’à citer l’Encyclique du Pape Pie XI de 1930 – tout en défen­dant l’utopie d’une société moderne fondée sur une refonte du couple. Discours qui se veut pro­gres­siste, à condi­tion que la femme soit tout de même à sa place, sa voca­tion étant avant tout de main­te­nir la hausse de la nata­lité com­men­cée après-guerre ! Cinquante ans avant Le Conflit d’Elisabeth Badinter (2009), il mêle argu­ments psy­cho­lo­gi­ques, phy­sio­lo­gi­ques, poli­ti­ques, pour pro­po­ser aux femmes la mater­nité comme unique hori­zon digne de ce nom. La leçon attein­dra-t-elle son objec­tif ? Le méde­cin, qui oscille sans cesse entre le prêche, la pro­pa­gande poli­ti­que, le pater­na­lisme et la neu­tra­lité médi­cale, arri­vera-t-il à convain­cre ses cobayes ? Peut-on venir à bout de la vio­lence cultu­relle par des dis­cours mora­li­sa­teurs ? À la vio­lence privée se mêle la vio­lence sociale, celle des conflits qui entraî­nent malgré eux des jeunes hommes dans des « guer­res » qu’ils ne com­pren­nent pas et dont ils ne peu­vent pas parler : à leurs enfants, en héri­tage, ils lèguent leur silence.