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Marat Sade

du samedi 29 mai au jeudi 3 juin 2010 à 20h30- dimanche 30 juin 2010 à 16h

Cie Arène Théâtre

Marat-Sade de Peter Weiss – Traduction Jean Baudrillard (© 1964 Surrkamp Verlag – © 2000 L’Arche Editeur)

SADE_MARAT_BadiaRésumé

« Marat-Sade » ou « La per­sé­cu­tion et l’assas­si­nat de Jean-Paul Marat repré­sen­tés par le groupe théâ­tral de l’hos­pice de Charenton sous la direc­tion de Monsieur de Sade. »

13 juillet 1809 : Monsieur le Marquis Alphonse de Sade interné à l’hos­pice de Charenton pour com­por­te­ment social inad­mis­si­ble, fait repré­sen­ter par la troupe des « mala­des » un spec­ta­cle met­tant en scène l’assas­si­nat de Marat par Charlotte Corday. Sous l’œil vigi­lant de Coulmier, direc­teur de l’hos­pice, le spec­ta­cle peut com­men­cer et les inter­nés « jouer » les per­son­na­ges de cette étonnante « anti-recons­ti­tu­tion his­to­ri­que et far­ces­que » : l’Annonceur, Roux extré­miste cami­solé, la léthar­gi­que et sen­suelle Charlotte, Duperret le giron­din qui la désire, les chan­teurs Tourlourou, Sansonnet, et La Fauvette et leur orches­tre déjanté…, et Jean-Paul Marat dans sa bai­gnoire que sa femme Simone soigne ! Heureusement les nonnes enca­drent ces acteurs empres­sés d’en décou­dre. Sous le regard de Monsieur de Sade, met­teur en scène avisé, joue­ront-ils la révo­lu­tion, celle voulue par Marat, ou feront-ils leur révo­lu­tion ? Peter Weiss nous plonge dans une confron­ta­tion ima­gi­naire, stu­pé­fiante et drô­la­ti­que entre Sade et Marat : le pou­voir pour la liberté, la liberté pour le pou­voir du peuple ou la liberté avant tout. Marat-Sade est une pièce fas­ci­nante, une oeuvre intem­po­relle, dérai­son­na­ble et abso­lu­ment néces­saire. La repré­sen­ta­tion théâ­trale à l’hos­pice de Charenton aura bien lieu, mais avec quel­ques inter­rup­tions, rebon­dis­se­ments et impré­vus. Avec Marat-Sade, nous goû­tons aux plai­sirs extrê­mes d’un théâ­tre qui explore, reven­di­que, chante, déroute, diver­tit et ques­tionne. Alors les 22 comé­diens et musi­ciens de l’Arène Théâtre vous entraî­nent avec jubi­la­tion dans cette folie théâ­trale, huma­niste et révo­lu­tion­naire. Comme un car­na­val phi­lo­so­phi­que ou une faran­dole rous­seauiste ; bref une bac­cha­nale, où les pas­sions qui tra­ver­sent l’his­toire se mêlent aux excès du désir et aux rires de la folie. Plateaux éclatés, spec­ta­teurs mêlés aux acteurs, cos­tu­mes, per­ru­ques pou­drées, toges de for­tune, slips kan­gou­rou et bas­ques d’Empire, tel est notre hos­pice de Charenton : un théâ­tre forain avec petit orphéon et Mystère de paco­tille, tantôt tra­gi­que et tantôt dio­ny­sia­que. Marat–Sade est un spec­ta­cle pro­fon­dé­ment poli­ti­que et uto­piste, une quête de liberté abso­lue, « une bar­ri­cade poé­ti­que dres­sée contre la médio­crité du temps ».

En ce 13 juillet 1809, Monsieur Coulmier, Directeur de l’Hospice de Charenton a le plai­sir de vous accueillir dans la salle de bai­gnade où va avoir lieu la repré­sen­ta­tion du meur­tre de Jean-Paul Marat (« l’Ami du peuple ») par Charlotte Corday. Cette pièce, nous la devons à la plume de Monsieur de Sade, pen­sion­naire de l’Hospice, qui a réuni un groupe d’inter­nés qui vont jouer tous les per­son­na­ges. Nous sommes donc seize années après l’assas­si­nat de Marat et l’Empereur Napoléon 1er règne sur la France. La pièce de Monsieur de Sade, dans laquelle il joue son propre rôle, met en scène l’arri­vée et les visi­tes suc­ces­si­ves de Charlotte Corday à Marat. Il émaille la repré­sen­ta­tion de chan­sons et de Pantomimes évoquant les trou­bles et les épisodes de la Terreur. Il confie les rôles de chan­teurs à Tourlourou, Sansonnet et La Fauvette, inter­nés en voie de gué­ri­son et entoure Marat de Simone sa com­pa­gne et de Roux l’extré­miste. Charlotte Corday subit les assauts pres­sants de Duperret le giron­din joué par un érotomane. Ce petit échantillon de révo­lu­tion­nai­res est accom­pa­gné par le Chœur des mala­des et guidé dans la repré­sen­ta­tion par l’Annonceur.

SADE : « Je sais qu’en ce moment tu don­ne­rais toute la gloire et le suf­frage du peuple pour quel­ques jours de répit. Tu es là dans ta bai­gnoire comme dans la liqueur rose de la matrice, comme un fœtus dans ta vision du monde, qui n’a plus rien à voir avec les faits réels. Tu as voulu te mêler de la réa­lité mais c’est elle qui t’a coincé. Moi, j’ai renoncé à m’occu­per d’elle. Ma vie ce sont mes phan­tas­mes. La Révolution ne m’inté­resse plus. »

MARAT : « Faux, Sade, faux, l’effer­ves­cence des pen­sées n’a jamais fait brèche dans aucune muraille. Ce n’est pas avec ta plume que tu bri­se­ras l’ordre qui règne. Quelque idée qu’on ait des choses nou­vel­les, elles ne s’incar­nent que dans les erre­ments de l’action. Nous sommes tel­le­ment intoxi­qués par les idées trans­mi­ses au long des géné­ra­tions que les meilleurs d’entre nous n’arri­vent pas à s’en sortir. Nous sommes les inven­teurs de la Révolution mais nous ne savons pas encore nous en servir. »

Distribution

Mise en scène et scé­no­gra­phie : Eric Sanjou
Musique : Mathieu Hornain
Avec : Christophe Champain – Jean-Marie Champagne – Thierry de Chaunac – Nathalie Hauwelle Mathieu Hornain – Frédéric Klein – Christian de Miégeville –Valérie Hornet – David Negroni – Éric Sanjou et la par­ti­ci­pa­tion des comé­diens de l’ate­lier ama­teur de la com­pa­gnie : Annick Clerbout – Patricia Coudol – Denise Labbé – Marie-José Lafont – Agnés Poilvé – Sophie Vaslot – Philippe Botkovitz – Sébastien Laporte – Laurenç Michot – Pol Tronco – Yves Soula

Spectacle créé en juillet 2009 à « l’Arène » avec le sou­tien de l’ADAMI, de la Région Midi-Pyrénées, de la Ville de Moissac et du Département de Tarn-et-Garonne.

Plus d’infos : http://www.are­ne­thea­tre.fr

La presse en parle

 » Révolution ! Copulation !  » (et réci­pro­que­ment)

Eric Sanjou et l’Arène Théâtre inau­gu­rent un nou­veau lieu dans leurs terres de Lomagne et y créent le Marat-Sade de Peter Weiss

L’ambiance est cham­pê­tre, l’assiette char­cu­tière et la soupe cam­pa­gnarde, dans l’aboie­ment du chien de la maison et le rou­cou­le­ment des colom­bes enca­gées. Voici le Clou à Coutures (Tarn-et-Garonne), sur le flanc d’un coteau de Lomagne où la com­pa­gnie Arène Théâtre a sa base (une ferme basse et pen­chée dont la porte de grange fait écho aux tom­bées de gly­cine) et étrenne son nou­veau lieu de repré­sen­ta­tions : l’Arène, des gra­dins en plein air et ter­ras­sés de frais où se donne jusqu’à la fin de la semaine la nou­velle créa­tion d’Eric Sanjou et ses com­pè­res, le Marat-Sade de Peter Weiss. Pour l’heure, tout est tran­quille. Les spec­ta­teurs papo­tent, gri­gno­tent (ils y ont inté­rêt : malgré les coupes, l’affaire va durer trois heures, entracte com­pris tou­te­fois). Les comé­diens pas­sent, non­cha­lam­ment affai­rés, qui en jog­ging informe, pull pen­douillant et cas­quette, qui en nu-pied et pan­ta­lon de pyjama, tri­fouillant on ne sait quoi der­rière les rampes de lumiè­res et rideaux que le vent sou­lève en échappées mys­té­rieu­ses sur gra­dins et man­ne­quins. Seules deux nonnes viri­les déton­nent sous leurs cor­net­tes de feutre gris, cam­pées en cer­bè­res à l’entrée du lieu et flan­quées d’un inquié­tant cor­beau en cos­tume Empire. Tintements de cloche : faut y aller…

« En tant que direc­teur de l’hos­pice de Charenton, je vous sou­haite la bien­ve­nue dans cette maison », pro­clame le cor­beau, ci-devant abbé de Coulmier, nabot pré­va­ri­ca­teur et des­po­ti­que. Car voici le public réuni dans la salle de bai­gnade de l’asile de Charenton comme l’était le Tout-Paris de 1809 dans le théâ­tre du lieu, venant assis­ter aux diver­tis­se­ments qu’y pro­po­sait le divin mar­quis Donatien Alphonse François de Sade. Ce soir, La per­sé­cu­tion et l’assas­si­nat de Jean-Paul Marat joué par les pen­sion­nai­res de l’établissement, auteur com­pris. Un para­noïa­que tient le rôle de Marat, une léthar­gi­que celui de Charlotte Corday. Duperret âme damnée de la meur­trière est érotomane ; Jacques Roux, le « curé rouge », interné pour extré­misme. Les autres, plus ou moins en voie de gué­ri­son, res­tent sus­cep­ti­bles des débor­de­ments extrê­mes que sus­cite l’exci­ta­tion dans les âmes alié­nées. Et cela déborde bien­tôt, malgré les exhor­ta­tions de l’annon­ceur à canne et micro, les appels au calme du Corbeau Coulmier. Dans sa bai­gnoire, rongé par l’inflam­ma­tion her­pé­ti­que, Marat voit l’his­toire de sa mort trans­for­mée en une bâtarde de Jour de Fous et de danse maca­bre, en car­na­val phi­lo­so­phi­que, faran­dole rous­seauiste et bac­cha­nale, toutes pas­sions déchaî­nées par la force de l’Histoire, les excès du désir, la folie aux rires hur­lants.

Il faut dire que ni Peter Weiss, ni Eric Sanjou n’y sont allés de main morte. Le pre­mier, lorsqu’il écrit son texte, sort de quinze ans d’expé­ri­men­ta­tions ciné­ma­to­gra­phi­ques, mais n’a pas encore conçu ce « théâ­tre docu­men­taire » qui le rendra célè­bre. Les temps sont au rejet des codes anciens et il cher­che, comme bien d’autres dra­ma­tur­ges, un renou­veau des formes. Cependant, là où un Peter Handke pra­ti­que l’outrage au public et dépouille le théâ­tre jusqu’à l’os, Weiss de son côté, affronte et dis­perse tous les genres d’un coup, espé­rant trou­ver un éclat nou­veau parmi les ruines. Marat-Sade mêle ainsi farce, tra­gé­die, débat phi­lo­so­phi­que, réci­ta­tifs, chant et l’on en passe, mais aussi bien mono­lo­gues, dia­lo­gues, unis­sons, cours tran­quilles et syn­co­pes, cris, mur­mu­res, en mise en abyme à double pente : celle, clas­si­que, de comé­diens jouant des inter­nés jouant des comé­diens (et le public avec eux, ne sachant s’il a un rôle et lequel) ; celle encore qui affronte l’auteur à son per­son­nage, en un détour d’autant plus tordu que l’un et l’autre sont figu­res his­to­ri­ques et contem­po­rai­nes, mais l’un mort et recréé par la plume de l’autre, avec qui il converse dans une cir­cons­tance (la repré­sen­ta­tion de la pièce) à la fois réelle — Sade fut bien l’ordon­na­teur de repré­sen­ta­tions théâ­tra­les « thé­ra­peu­ti­ques » à Charenton — et fic­tive — il n’a jamais écrit La per­sé­cu­tion et l’assas­si­nat de Jean-paul Marat. A quoi on ajou­tera un fond consé­quent, double quête de la libé­ra­tion indi­vi­duelle et sociale de l’homme, double échec de l’absolu fra­cassé contre la réa­lité et achevé en Terreur, dou­leur et réclu­sion. L’utopie, pour­tant, comme der­nière porte de sortie…

Eric Sanjou ne pou­vait que se délec­ter d’un tel maté­riau et n’a pas hésité à convo­quer le ban et l’arrière-ban pour lui donner forme : non seu­le­ment dix fami­liers de la com­pa­gnie, mais aussi bon nombre de ses élèves (la plu­part expé­ri­men­tés, tous prêts en tous cas à se plier aux plus folles exi­gen­ces), offrant au public le plai­sir trop rare de voir vingt-deux per­son­nes se par­ta­ger la scène. Enfin, la scène… Le podium, plutôt divisé en trois pla­teaux dis­tincts aux­quels s’ajou­tent gra­dins, espace inter­mé­diaire tenant lieu de cou­lis­ses et même, à la toute fin, la cam­pa­gne envi­ron­nante. L’action s’y déplace, concen­tre, frag­mente au gré des exi­gen­ces du texte, dérou­tant l’œil, for­çant l’atten­tion, se payant dans le second acte le plai­sir mali­cieux d’un glis­se­ment du rap­port des comé­diens au public dont nous ne dirons rien (ce serait gâcher), mais bien dans l’esprit des mises en abyme pré­cé­dem­ment évoquées. Costumes à l’ave­nant, touillant per­ru­ques pou­drées, toges de for­tune, bas­ques d’Empire, lunet­tes noires et slips kan­gou­rous jusqu’à réin­ves­tir sans excès une nudité tantôt tra­gi­que, tantôt dio­ny­sia­que, que nos scènes avaient un peu oubliée. Lumières avec les moyens du bord mais soi­gnée. Et là-dessus une énergie de tous les dia­bles, bien néces­saire pour conduire à son terme cette lutte de mata­mo­res entre pas­sion et raison. Il y a encore du tra­vail, bien sûr, pour res­ser­rer tout cela, donner plus de net­teté à un rythme et une struc­ture com­plexe, plus de rigueur à un jeu joli­ment assumé, mais que la folie ambiante pousse par­fois vers un poil de relâ­che­ment. Mais il y a sur­tout ce pari un peu fêlé de porter aux champs un théâ­tre exi­geant, volon­tiers pro­vo­ca­teur, et qu’on ne risque pas de voir de sitôt à Toulouse : peu de salles peu­vent l’accueillir et il faudra atten­dre la fin de saison pro­chaine pour le voir — ce sera au Ring, durant la bas­cule de mai à juin 2010. Excellente raison, donc, pour aller à Coutures tant qu’il est temps. Le théâ­tre y est bon, le péri­ple assez court, le par­cours fléché et la cam­pa­gne belle.

Jacques-Olivier Badia www. leclou­dans­la­plan­che.com (25-09-2009)

« MARAT-SADE-SANJOU »

Sous son cha­pi­teau d’étoiles, l’arène de toile et de bois nous attend. Deux reli­gieu­ses mus­clées agi­tent leurs clo­chet­tes pour appe­ler les fous à la repré­sen­ta­tion. Nous sommes à l’asile de Charenton en 1808. Le mar­quis de Sade, interné pour délit de mœurs, orga­nise une repré­sen­ta­tion met­tant en scène l’assas­si­nat de Marat par Charlotte Corday. Théâtre thé­ra­peu­ti­que avant la lettre, la pièce est sur­tout pré­texte à expo­ser les espoirs de la Révolution défunte. D’emblée le ton est donné. Le peuple des fous c’est nous et l’asile, c’est la France. « En toute égalité, nous avons tous le droit de crever… ». La mise en scène d’Eric Sanjou établit des ponts entre hier et aujourd’hui et crée la réso­nance contem­po­raine. Une même pous­sière cen­dreuse fond les cos­tu­mes du pré­sent avec ceux du passé. Les ori­peaux somp­tueux ou modes­tes cachent à peine la nudité crue, pan­te­lante. L’acteur est notre double et le texte le pro­clame : « Nous seuls prê­tons à notre vie quel­que impor­tance ». L’art plas­ti­que d’Eric Sanjou s’exprime ici, une nou­velle fois, dans toute sa splen­deur pic­tu­rale et poé­ti­que. Sa fres­que vivante et pal­pi­tante riva­lise avec les maî­tres Brook et Fellini. Il y a même du Lola Montès là-dedans. Mais on oublie très vite les réfé­ren­ces pour s’aban­don­ner à l’ori­gi­na­lité créa­trice de Sanjou. Ce talent relève aussi d’un pro­fond huma­nisme. Ne serait-ce que par l’habile géné­ro­sité avec laquelle il mêle les comé­diens ama­teurs de son ate­lier à des acteurs che­vron­nés. On glisse des uns aux autres sans faire la dif­fé­rence. Chacun est à sa place avec sa ges­tuelle, sa mimi­que, son rythme ; la réus­site est totale. Tous impo­sent une huma­nité qui est à la res­sem­blance de nous-mêmes et rare­ment la fusion mise en espace du public avec les acteurs n’a montré autant de per­ti­nence. La bas­cule des tons et les rup­tu­res cons­tan­tes font oscil­ler la ten­sion avec des moments de drô­le­rie au bord du bur­les­que qui sou­dain bas­cu­lent dans l’inquié­tant. Ainsi des scènes fré­né­ti­ques où appa­raît le per­son­nage de Monsieur Dupperet inter­prété par un Christophe Champain tota­le­ment déli­rant et pro­fon­dé­ment tou­chant. Si j’émets quel­ques doutes sur la jus­tesse du final de la pre­mière partie, trop en rup­ture de style à mon goût et un peu sur la lon­gueur, je suis, en revan­che, sans réserve sur tout le reste. L’œuvre s’orches­tre dans une pro­gres­sion dra­ma­ti­que cons­tante. Les duos alter­nent avec les solos et les repri­ses du chœur selon les règles d’une impec­ca­ble « Tragédie Musicale ». S’il ne fal­lait rete­nir qu’une image, ce serait celle qui ouvre le deuxième acte où les per­son­na­ges du chœur tra­gi­que nous accueillent sous des dra­pe­ries déchi­rées que le vent agite. Les visa­ges hagards appa­rais­sent à demi émergeant des chif­fons san­glants qui emmaillo­tent les corps nus. Sade (remar­qua­ble Christian de Miègeville) traîne Marat (étonnant Frédéric Klein) dans sa bai­gnoire qui semble un pathé­ti­que et déri­soire ber­ceau. L’excel­lente musi­que de Mathieu Hornain se pare d’accents déchi­rants tandis que Marat empê­tré dans ses rêves morts, nous demande : « Pourquoi tout se brouille-t-il ? » Il fau­drait aussi citer le jeu magi­que de Thierry de Chaunac qui, tel un Hamlet enfan­tin couvre de bisous éperdus un crâne déses­pé­rant. S’attar­der sur le trou­ble de Charlotte prise entre ses deux folies, la feinte et la réelle, ou sur les élans gran­dio­ses de l’abbé fou de luci­dité. Saluer en tout cas le jeu par­fait de Nathalie Hauwelle, de Valérie Mornet, de Jean-Marie Champagne et David Négroni, tous tota­le­ment inves­tis dans leurs rôles. C’est aussi au crédit d’Eric Sanjou (impec­ca­ble direc­teur d’asile napo­léo­nien) de savoir s’entou­rer de talents et de les faire vibrer à une telle hau­teur. La scène finale où les corps nus s’éloignent dans la nuit de la cam­pa­gne, ren­voie à des images d’un Eden perdu où l’homme ne serait plus un animal déna­turé, mais une créa­ture en har­mo­nie avec lui-même et la nature. Bel espoir illu­soire alors que « le sang qui s’écoule emporte toutes les belles véri­tés… » La pièce de Peter Weiss hante le théâ­tre euro­péen depuis le début des années soixante. La ver­sion qu’en donne aujourd’hui Arène Théâtre s’ins­crit dans la tra­di­tion qu’elle renou­velle de façon remar­qua­ble en appor­tant sa pierre à l’édifice d’un grand théâ­tre poli­ti­que. Cet édifice est une bar­ri­cade dres­sée contre la médio­crité du temps.

François-Henri Souliè (La Dépêche du Midi – 29-07-3209)