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TRIA FATA

Du 6 au 10 juin

Compagnie mon­sieur madame

RÉENCHANTER LE MONDE


photo : Jean-Pierre Montagné

Résumé

Désenchantement du monde, disent les uns ; réen­chan­ter le monde, disent les autres. Tous sont d’accord pour cons­ta­ter que, depuis un demi-siècle ou plus, la crise du « sens » qui sévit par­tout sur la pla­nète met notre monde « hors de ses gongs », comme le « temps » sha­kes­pea­rien. Face à cette rup­ture d’orbite, perte de sens, de spi­ri­tua­lité, de sacré et d’huma­nisme poli­ti­que, la met­teuse en scène Maylis Bouffartigue réagit en artiste obs­ti­née, offen­sive et géné­reuse, avec un théâ­tre vision­naire aux pré­sup­po­sés for­te­ment poli­ti­ques, nourri de céré­mo­nials « cri­ti­ques » et d’envoû­te­ments poé­ti­ques. C’est sur cette toile de fond de recher­che fié­vreuse d’un sens uni­ver­sel et d’une nou­velle com­mu­nauté de destin que se déploie le dip­ty­que des TRIA FATA ima­giné par Maylis Bouffartigue.

LES DISEURS (volet 1) ouvre le cycle des TRIA FATA avec la célé­bra­tion d’un mys­té­rieux rituel aux allu­res d’exor­cisme ini­tia­ti­que et libé­ra­teur. Aujourd’hui, diman­che, repos du sep­tième jour de la Création et fête consa­crée aux choses de l’âme, l’ima­gi­naire aux ailes d’utopie prend son envol. Avec lui, anti­ques maî­tres­ses de la des­ti­née humaine, les Parques et les Fées de nos mytho­lo­gies occi­den­ta­les sont également de retour. Non pour nous punir, comme jadis, de notre dérai­son, de nos pul­sions trans­gres­sant les lois ou de nos crimes — mais pour nous réveiller du cau­che­mar nihi­liste qui détruit notre monde et notre huma­nité. Investies du rôle de guides spi­ri­tuels et armées d’un jeu de miroirs de vérité aux­quels rien n’échappe, les Fées-Parques s’atta­chent à dénon­cer les rava­ges d’un capi­ta­lisme sans foi ni loi, d’un maté­ria­lisme consu­mé­riste devenu fou, la per­ver­sité mani­pu­la­trice et abê­tis­sante des mass médias inhé­rents à nos socié­tés du spec­ta­cle et la déshu­ma­ni­sa­tion accé­lé­rée de l’homme comme tel. À mi-chemin entre une incan­ta­tion méta­phy­si­que aux ful­gu­ran­ces pro­phé­ti­ques et le vol­ca­nisme d’un incons­cient aux visions allé­go­ri­ques, les trois Fées-Parques s’emploient, à grand ren­fort d’arché­ty­pes, de sym­bo­les et de para­bo­les, à secou­rir les hommes privés de lumière et déso­rien­tés, à les aider à exor­ci­ser démons cachés et ténè­bres gran­dis­san­tes. Reprendre confiance, sur­mon­ter le déses­poir, réin­ven­ter une nou­velle donne de sens, une fra­ter­nelle manière d’être au monde et d’exis­ter ensem­ble.

Araignées dan­san­tes et sphin­ges ailées char­gées du grand livre des des­ti­nées, encom­brées de fils de laine, d’aiguilles à tri­co­ter, de ciseaux, d’hor­lo­ges arrê­tées à l’heure de notre mort, sou­peu­ses de sang, buveu­ses d’encre, bâfreu­ses d’argent, les trois « prê­tres­ses » offi­cient plon­gées dans le clair-obscur d’un théâ­tre d’opé­ra­tions en forme d’arène close et d’orda­lie oni­ri­que. Dans tous les coins et recoins de notre cons­cience et du som­meil de notre raison, elles pro­mè­nent le rayon laser de leurs miroirs défor­mants et accou­chent au for­ceps de véri­tés dis­si­mu­lées, déran­gean­tes, salu­tai­res… « Ne plus vivre mort, mourir en vie », — tel est l’un des sésa­mes de luci­dité et de libé­ra­tion que nous lèguent, en s’envo­lant vers l’Ailleurs, les trois énigmatiques Erinyes trans­for­mées en Euménides.

Avec LES VOYAGEURS (volet 2 des TRIA FATA), Maylis Bouffartigue exa­mine et inter­roge l’une des plus puis­san­tes et écrasantes machi­nes idéo­lo­gi­ques à fabri­quer du sens « pour tous et pour chacun », sens dont toute société humaine orga­ni­sée a besoin pour exis­ter, tenir debout, fonc­tion­ner et per­du­rer. Cette machine qui s’appelle la LOI est, ici, per­son­ni­fiée par le visage d’un homme-tronc monté sur un écran à rou­let­tes, un « Monsieur la LOI » éructant les solen­nel­les cer­ti­tu­des de son for­ma­lisme juri­di­que. Sous l’égide de l’apho­risme clair­voyant de Jean-Jacques Rousseau disant que « les lois sont tou­jours utiles à ceux qui pos­sè­dent et nui­si­bles à ceux qui n’ont rien », un drôle de tri­bu­nal fan­tas­ma­go­ri­que se met en place. Au banc des accu­sés : la LOI en per­sonne, censée être impar­tiale et juste !… Et les Fées-Parques de démon­trer que, depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui, la LOI a tou­jours été conçue, écrite et impo­sée par un cercle d’élites pen­sant à la place des autres et par des clas­ses diri­gean­tes exper­tes dans l’art de détour­ner le Droit à leur profit. Invitée à se regar­der sans conces­sions ni échappatoire dans les miroirs de vérité bran­dis par les Fées-Parques, la LOI s’avè­rera inca­pa­ble de retour sur soi et d’auto­cri­ti­que, féro­ce­ment cram­pon­née de toutes ses forces à son arbi­traire déguisé en vérité révé­lée. Conclusion : toute LOI est par essence idéo­lo­gi­que et injuste, cor­po­ra­tiste et iné­ga­li­taire, et même de plus en plus ouver­te­ment xéno­phobe. Terrible envers du décor, ver­ti­gi­neuse démys­ti­fi­ca­tion ! Traité par l’ima­gi­na­tion tru­cu­lente de Maylis Bouffartigue, cette allé­go­ri­que procès intenté à la LOI et à son avocat du diable, gri­ma­çante marion­nette, ven­tri­lo­que et ridi­cule auto­crate, nous réserve un jeu de mas­sa­cre par­ti­cu­liè­re­ment ubues­que, édifiant et robo­ra­tif. (ADN)

Distribution

Conception, mise enscène, texte : Maylis Bouffartigue
Avec : Cécil Signoret, Laurence Diolez, Maylis Bouffartigue, Jérôme Giusti
Vidéo : Myriam Botto
Lumière : Christophe Deflorenne
Bande son : Mathius Shadow sky, Mathieu Hornain
Production : Compagnie monsieur madame
Co-production : théâtre de la Digue
Aide au projet : Conseil Régional
Partenaires:Le Ring, la Digue, Mix’art Myrys, Autresens, la Bassecour, Espace Marcel Pagnol